L’anti-racisme de Warren Kinsella : deux poids, deux mesures ?

Publié le par Bureau des Affaires Louches

Dossier Warren Kinsella -partie 6

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Depuis qu’il a publié son livre « Web of Hate », sur l’extrême droite canadienne, M. Kinsella fait figure d’autorité en matière d’antiracisme. Lors de la campagne électorale de 1997, M. Kinsella n’avait d’ailleurs pas hésité à utiliser ce statut d’expert pour tenter de discréditer son adversaire réformiste. Ce qui, en bout de ligne, ne s’était pas avéré très payant sur le plan électoral comme on l’a vu précédemment.  


Puis, en février 2002, alors qu’il travaillait à soutenir la candidature du ministre Allan Rock, M. Kinsella récidivait à nouveau, en utilisant son antiracisme comme une arme politique. Le « spin doctor » avait alors allégué que les nouvelles règles restrictives en matière de recrutement de nouveau membership dans l’aile ontarienne du Parti libéral du Canada était une manœuvre du camp de Paul Martin Jr. destinée à fermer les portes du parti aux communautés ethniques. (39)

S’il était vrai que le camp Martin avait effectivement verrouillé l’accès au membership de l’aile ontarienne du PLC après en avoir prit le contrôle, il n’en demeure pas moins que l’insinuation de racisme colportée par M. Kinsella était tout à fait dépourvue de fondement. M. Kinsella fut ensuite vertement rabroué par le vice-premier ministre John Manley pour ses propos incendiaires. Même M. Allan Rock s’est dissocié des propos de celui qui était alors son principal lieutenant.

Plus tard, en janvier 2004, la firme de consultant de M. Kinsella, Navigator Limited, travailla à soutenir la candidature de Mme Belinda Stronach, à l’occasion de la course à la chefferie du nouveau Parti conservateur canadien issu de la fusion entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur. (40)

De 1988 à 2004, Mme Belinda Stronach fut membre du conseil de direction de Magna International, une multinationale canadienne, qui donne dans la fabrication de pièces d’automobiles, qu’avait fondé son père, Frank. En février 2001, l’ambitieuse politicienne, qui est depuis passée du côté des libéraux de M. Paul Martin, accédait au poste de PDG de Magna.

Or, Magna International fut publiquement pointée du doigt par le Congrès juif canadien en raison de ses liens troublants avec la principale formation d’extrême droite de l’Autriche, soit le Parti de la liberté (FPÖ). Pendant longtemps, le FPÖ a été dirigé par M. Jörg Haider, qui avait fait scandale, en 1991, en vantant publiquement les politiques du travail du régime nazi d’Adolf Hitler, puis, en 1995, lorsqu’il qualifia les vétéran SS d’« hommes respectables ».

En octobre 1999, la communauté internationale fut consternée lorsque le FPÖ arriva en deuxième position au terme des élections législatives autrichiennes, en obtenant 26% des suffrages et en remportant 52 sièges au parlement. Lorsque plusieurs politiciens du FPÖ accédèrent au gouvernement de coalition autrichien, l’Union européenne tenta d’isoler le nouveau régime afin d’éviter un éventuel « effet domino » auprès des autres États du Vieux continent. L’événement n’était pas banal en soit, puisque, pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale, un parti associé à la mouvance néo-nazie faisait son entrée au sein d’un gouvernement européen.

À cette occasion, M. Karl-Heinz Grasser, un proche collaborateur de M. Jörg Haider, fut nommé ministre des Finances. Or, deux ans plus tôt, ce même individu avait été engagé par Magna International à titre de vice-président pour les Ressources Humaines et les Relations Publiques. L’affiliation de M. Grasser avec le FPÖ était de notoriété publique puisque, en 1993, il avait occupé le poste de secrétaire général pour le parti de M. Haider. Ce qui n’avait pas empêché Magna de lui accorder le poste très public de responsable des relations publiques de l’entreprise… (41)

Peu après son assermentation ministérielle, M. Grasser confia à la presse qu’il avait accepté le porte-feuille des Finances après avoir obtenu la bénédiction de son patron, M. Frank Stronach. Il affirma que ce dernier lui avait déclaré : « Écoute, si on te le demande et si c’est important pour le pays et pour le nouveau gouvernement, fais-le ». M. Stronach a aussi garanti à M. Grasser qu’il pourra revenir n’importe quand à Magna. (42)

Il est tout à fait invraisemblable qu’un monsieur aussi bien informé que Warren Kinsella ai pu ignorer des liens aussi accablants. D’autant plus que la connexion Magna/FPÖ fit l’objet d’un article publié en première page de l’influent quotidien Globe and Mail, de Toronto, ville où M. Kinsella a élu domicile. Mais cette controverse n’a pas eu pour effet de dissuader ce vaillant militant antiraciste de s’associer avec Magna par la suite. En effet, en 2003, M. Kinsella, offrit une présentation lors d’un concours annuel destiné aux « leaders de demain » qui est organisé dans le cadre du programme de bourses d’étude de Magna International. (43)

Il n’est pas clair si M. Kinsella a personnellement travaillé sur la campagne au leadership de Mme Stronach. Mais le simple fait que sa firme de consultant, dans laquelle il n’était vraisemblablement pas un deux de pique, était de la partie est suffisant pour se questionner sur l’intransigeance de son antiracisme.

Par ailleurs, on sait que M. Kinsella n’avait que des bons mots pour l’ex-PDG de Magna sur son blog au moment où la course à la chefferie des Conservateurs battait son plein. Ainsi, le 20 janvier 2004, M. Kinsella écrivait qu’il connaissait Mme Belinda Stronach et qu’il l’aimait bien.

Mais, fin stratège qu’il est, Warren Kinsella passa  sous silence le fait que l’aspirante au poste de leadership siégeait sur le conseil de direction de Magna au moment où la compagnie avait décidé de se faire représenter par celui qui allait devenir l’étoile montante du Parti de la liberté, alors considéré comme le plus important parti d’extrême droite de l’Europe occidentale. Un silence pour le moins révélateur quand on sait que M. Kinsella, qui est aujourd’hui membre de la direction du Comité Canada-Israël, ne s’était pas gêné pour traîner dans la boue le député Ted White et le clan Martin pour beaucoup moins que ça.

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Sources :

(39) La Presse, « John Manley rabroue le principal organisateur d’Allan Rock », par Joël-Denis Bellavance et Gilles Toupin, 21 février 2002.
(40) National Post, “Now is the time for all pundits to come clean”, by Gillian Cosgrove, January 23, 2004.
(41) http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl-Heinz_Grasser
(42) Globe and Mail, “Austrian Finance Minister gest Stronach’s blessing”, by Alan Freeman, February 7 2000.
(43) Rabble.ca, “Confessions of a wanna-be PM”, by Kurt Peacock, August 17 2003.

Publié dans Warren Kinsella

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